| © 2006 Bernard SUZANNE | Dernière mise à jour le 5 juillet 2007 |
| Platon et ses dialogues : Page d'accueil - Biographie - Œuvres et liens vers elles - Histoire de l'interprétation - Nouvelles hypothèses - Plan d'ensemble des dialogues. Outils : Index des personnes et des lieux - Chronologie détaillée et synoptique - Cartes du monde grec ancien. Informations sur le site : À propos de l'auteur | |
|
![]() |
|
Pour l'introduction générale à l'étude de dialegesthai et des termes dérivés, cliquer ici.
Nous reproduisons ici le texte et la traduction de tous les passages des dialogues (20 dont 8 pour la seule République) où Platon emploie l'infinitif substantivé du verbe dialegesthai
| [TD01] 108c7 |
Alcibiade,
108a12-d4 (Socrate veut faire dire à Alcibiade quelle technè maîtrise le chant et le jeu de la lyre) |
||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||
| [TD02] 129c2 |
Alcibiade,
128e10-129c4 (Socrate cherche à faire découvrir à Alcibiade comment se connaître soi-même) |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| [TD03] 347c3 [TD04] 348c4 |
Protagoras, 347b8-348c4 (Redéfinition des règles de la discussion entre Socrate et Protagoras ) |
||||||
|
|||||||
| [TD05] 232b4 |
Phèdre, 232a6-b5 (Discours de Lysias lu par Phèdre ) |
|
Eti de tous men erôntas pollous anagkè puthesthai kai idein akolouthountas tois erômenois kai ergon touto poioumenous, hôste hotan ophthôsi dialegomenoi [232b] allèlois, tote autous oiontai è gegenèmenès è mellousès esesthai tès epithumias suneinai· tous de mè erôntas oud' aitiasthai dia tèn sunousian epicheirousin, eidotes hoti anagkaion estin è dia philian tôi dialegesthai è di' allèn tina hèdonèn. |
Et puis encore ceux qui aiment, beaucoup de gens, nécessairement, entendent dire et voient qu'ils accompagnent ceux qu'ils aiment et font de cela leur [seule] activité, si bien que quand on les voit discutant [232b] l'un avec l'autre, on pense que ce sera pour s'unir du fait du désir déjà assouvi ou sur le point de l'être ; alors que ceux qui n'aiment pas, on ne cherche pas non plus à les accuser à cause de leur fréquentation, sachant qu'elle est nécessaire soit à cause de l'amour pour le dialegesthai, soit à cause de quelque autre plaisir. (15) |
|
| [TD06] VI, 511b4 [TD07] 511c5 |
République,
VI, 511b3-d5 (L'analogie de la ligne (16)) |
|
To toinun heteron manthane tmèma tou
noètou legonta me touto hou autos ho logos haptetai tèi tou dialegesthai dunamei,
tas hupotheseis poioumenos ouk archas alla tôi onti hupotheseis, hoion epibaseis te kai hormas, hina mechri
tou anupothetou epi tèn tou pantos archèn iôn, hapsamenos
autès, palin au echomenos tôn ekeinès echomenôn,
houtôs epi teleutèn katabainèi, [511c] aisthètôi
pantapasin oudeni proschrômenos, all' eidesin autois di' autôn
eis auta, kai teleutai eis eidè. |
Saisis donc l'autre segment de l'intelligible
lorsque je parle de ce que la raison elle-même atteint
par la puissance du dialegesthai,
considérant les
hypothèses, non comme des principes, mais réellement
comme des hypothèses, comme des voies d'approche et des tremplins pour
que, allant jusqu'au non hypothétisé, vers le principe
du tout,
puis, ayant mis la main dessus,
y rattachant en retour ce qui s'y rattache,
elle redescende ainsi jusqu'au terme, [511c] ne
se servant en complément d'absolument rien de sensible, mais
qu'avec les formes elles-mêmes à travers elles et en elles,
il termine dans des formes. |
|
| [TD08] VII, 532a2 [TD09] 532a6 |
République, VII,
532a1-b2 (Définition du dialegesthai à propos de la formation du futur gouvernant (17)) |
|
Oukoun, eipon, Ô Glaukôn, houtos èdè autos estin ho nomos hon to dialegesthai perainei; hon kai onta noèton mimoit' an hè tès opseôs dunamis, hèn elegomen pros auta èdè ta zôia epicheirein apoblepein kai pros auta <ta> astra te kai teleutaion dè pros auton ton hèlion. houtô kai hotan tis tôi dialegesthai epicheirèi aneu pasôn tôn aisthèseôn dia tou logou ep' auto ho estin hekaston horman, kai mè apostèi prin [532b] an auto ho estin agathon autèi noèsei labèi, ep' autôi gignetai tôi tou noètou telei, hôsper ekeinos tote epi tôi tou horatou. |
Eh bien, dis-je, Glaucon, n'est-ce pas alors celle-ci la partition même que le dialegesthai conduit à son achèvement ? Celle que, bien qu'elle soit [d'ordre] intelligible, mimerait le pouvoir de la vue que nous avons dit entreprendre de tourner d'abord les yeux vers les vivants eux-mêmes, puis vers les astres eux-mêmes et puis même finalement vers le soleil lui-même. Et ainsi, chaque fois que quelqu'un, par le dialegesthai, entreprend, sans toutes les sensations, par le logos, de s'élancer vers cela même qu'est chaque chose, et ne renonce pas avant que cela même qu'est le bien, il l'ait saisi par l'intelligence elle-même, il parvient au terme même de l'intelligible, comme l'autre tout à l'heure à celui du visible. |
|
| [TD10] VII, 532d8 [TD11] 533a8 |
République,
VII, 532d8-533a11 (Définition du dialegesthai à propos de la formation du futur gouvernant) |
|
Lege oun tis ho tropos tès tou
dialegesthai dunameôs, kai [532e] kata poia dè eidè diestèken,
kai tines au hodoi· hautai gar an èdè, hôs eoiken,
hai pros auto agousai eien, hoi aphikomenôi hôsper hodou
anapaula an eiè kai telos tès poreias. |
Expose donc quel est le mode de
la puissance du dialegesthai et [532e] en
outre selon quelles espèces elle se divise et puis quelles sont
ses voies ; car celles-ci pourraient bien à présent,
semble-t-il, être celles conduisant vers ce [lieu-]même
où, pour y être arrivé, ce serait comme la fin
de la route et le terme du voyage. |
|
| [TD12] 537d5 [TD13] 537e1 |
République,
VII, 537c9-e4 (le choix des futurs philosophes rois (18)) |
|
Tauta toinun, èn d' egô, deèsei
se episkopounta hoi an [537d] malista toioutoi en autois ôsi kai
monimoi men en mathèmasi, monimoi d' en polemôi kai tois
allois nomimois, toutous au, epeidan ta triakonta etè ekbainôsin,
ek tôn prokritôn prokrinamenon eis meizous te timas kathistanai
kai skopein, tèi tou dialegesthai dunamei basanizonta tis ommatôn
kai tès allès aisthèseôs dunatos methiemenos
ep' auto to on met' alètheias ienai. Kai entautha dè pollès
phulakès ergon, Ô hetaire. |
Ainsi donc, repris-je, il te faudra,
observant ceux d'entre eux qui se trouvent [537d] être
tels au plus haut point, et à la fois persévérants
dans les études et persévérants au combat et vis-à-vis
des autres obligations légales, ceux-là une
fois encore, lorsqu'ils auront dépassé les trente ans,
en les sélectionnant d'entre les sélectionnés,
les promouvoir à de plus grands honneurs et examiner, en les
mettant à l'épreuve du point de vue de l'aptitude au dialegesthai,
qui, laissant de côté les yeux et les autres sens, est capable
d'aller dans la vérité jusqu'à cela même
qui est. Et
voilà pour sûr le travail d'une grande vigilance,camarade ! |
|
| [TD14] 98d6 |
Phédon, 98c2-99a4 (La déception de Socrate à la lecture d'Anaxagore) |
|
Kai moi edoxen homoiotaton peponthenai hôsper an ei tis legôn hoti Sôkratès panta hosa prattei nôi prattei, kapeita epicheirèsas legein tas aitias hekastôn hôn prattô, legoi prôton men hoti dia tauta nun enthade kathèmai, hoti sugkeitai mou to sôma ex ostôn kai neurôn, kai ta men osta estin sterea kai diaphuas echei chôris ap' allèlôn, ta de neura hoia epiteinesthai [98d] kai aniesthai, periampechonta ta osta meta tôn sarkôn kai dermatos ho sunechei auta· aiôroumenôn oun tôn ostôn en tais hautôn sumbolais chalônta kai sunteinonta ta neura kamptesthai pou poiei hoion t' einai eme nun ta melè, kai dia tautèn tèn aitian sugkamphtheis enthade kathèmai· kai au peri tou dialegesthai humin heteras toiautas aitias legoi, phônas te kai aeras kai akoas kai alla muria [98e] toiauta aitiômenos, amelèsas tas hôs alèthôs aitias legein, hoti, epeidè Athènaiois edoxe beltion einai emou katapsèphisasthai, dia tauta dè kai emoi beltion au dedoktai enthade kathèsthai, kai dikaioteron paramenonta hupechein tèn dikèn hèn an keleusôsin· epei nè ton kuna, hôs egôimai, palai an [99a] tauta ta neura kai ta osta è peri Megara è Boiôtous èn, hupo doxès pheromena tou beltistou, ei mè dikaioteron ôimèn kai kallion einai pro tou pheugein te kai apodidraskein hupechein tèi polei dikèn hèntin' an tattèi. |
Et il me sembla qu'il était dans un état d'esprit très semblable à celui de quelqu'un qui, disant que Socrate fait avec intelligence tout ce qu'il fait, et entreprenant ensuite de dire les causes de chacune des choses que je fais, dirait tout d'abord que c'est pour ces raisons que je suis à présent assis ici : que mon corps est composé d'os et de fibres, (19) et que d'une part les os sont rigides et que des intervalles naturels les tiennent séparés les uns des autres, que d'autre part les fibres, capables de se tendre [98d] et de se relâcher, entourent les os avec les chairs et la peau qui les tient tous ensemble ; donc, au moyen de ces os suspendus dans leurs articulations, en se détendant et en se tendant, les fibres font que maintenant mes membres sont capables d'être pliés d'une certaine manière, et par cette cause, ainsi plié, je suis assis ici ; et puis encore, à propos de notre dialegesthai, il parlerait d'autres causes similaires, en rendant responsables des sons et des airs et des auditions et une multitude [98e] de choses de cet ordre, évitant avec soin de parler des causes véritables : que, puisqu'aussi bien il a semblé aux Athéniens être meilleur de voter ma condamnation, donc à cause de ça à moi à mon tour il a semblé meilleur d'être assis ici, et plus juste de rester là pour subir le châtiment, quel qu'il soit, qu'ils ont ordonné ; car, par le chien, à ce qu'il me semble, il y a longtemps que [99a] ces fibres et ces os seraint du côté de Mégare ou de la Béotie, emportés par l'opinion sur le meilleur, si je ne pensais pas qu'il était plus juste et plus beau, plutôt que de fuir et de m'évader, de subir le châtiment, quel qu'il soit, imposé par la cité. |
|
| [TD15] 301c4 |
Euthydème, 300e1-301c5 | |
[300e] Kagô eipon· ti gelais, Ô Kleinia,
epi spoudaiois houtô pragmasin kai kalois; |
[300e] Et moi, je dis : « Pourquoi
ris-tu, Clinias, à propos de choses si sérieuses et belles ? » |
|
| [TD16] 135c2 |
Parménide, 135b5-c3 (dialogue entre Parménide et Socrate (27)) |
|
Alla mentoi, eipen ho Parmenidès, ei ge tis dè, Ô Sôkrates, au mè easei eidè tôn ontôn einai, eis panta ta nundè kai alla toiauta apoblepsas, mède ti horieitai eidos henos hekastou, oude hopoi trepsei tèn dianoian hexei, mè eôn [135c] idean tôn ontôn hekastou tèn autèn aei einai, kai houtôs tèn tou dialegesthai dunamin pantapasi diaphtherei. Tou toioutou men oun moi dokeis kai mallon èisthèsthai. |
Mais pourtant, dit Parménide, si de fait maintenant, Socrate, au contraire on ne laisse pas être des eidè des étants, ayant porté son regard sur tout ce qu'on examine en ce moment même et d'autres [choses] semblables, et qu'on ne définit pas un certain eidos unique de chacun, on n'aura nulle part où tourner sa pensée, en ne laissant pas [135c] une idean de chacun des étants être toujours la même, et ainsi, on détruira tout à fait la puissance du dialegesthai. Or donc, c'est cela que tu me sembles avoir plus que tout perçu. |
|
| [TD17] 161e6 |
Théétète, 161c2-162a3 (Dialogue entre Socrate et Théodore sur la doctrine de Protagoras) |
|
Sôkratès - Ta men alla moi panu hèdeôs eirèken, hôs to dokoun hekastôi touto kai estin· tèn d' archèn tou logou tethaumaka, hoti ouk eipen archomenos tès Alètheias hoti "pantôn chrèmatôn metron estin hus" è "kunokephalos" è ti allo atopôteron tôn echontôn aisthèsin, hina megaloprepôs kai panu kataphronètikôs èrxato hèmin legein, endeiknumenos hoti hèmeis men auton hôsper theon ethaumazomen epi sophiai, ho d' ara [161d] etugchanen ôn eis phronèsin ouden beltiôn batrachou gurinou, mè hoti allou tou anthrôpôn. È pôs legômen, Ô Theodôre; Ei gar dè hekastôi alèthes estai ho an di' aisthèseôs doxazèi, kai mète to allou pathos allos beltion diakrinei, mète tèn doxan kuriôteros estai episkepsasthai heteros tèn heterou orthè è pseudès, all' ho pollakis eirètai, autos ta hautou hekastos monos doxasei, tauta de panta ortha kai alèthè, ti dè pote, Ô hetaire, Prôtagoras men sophos, hôste kai allôn [161e] didaskalos axiousthai dikaiôs meta megalôn misthôn, hèmeis de amathesteroi te kai phoitèteon hèmin èn par' ekeinon, metrôi onti autôi hekastôi tès hautou sophias; Tauta pôs mè phômen dèmoumenon legein ton Prôtagoran; To de dè emon te kai tès emès technès tès maieutikès sigô hoson gelôta ophliskanomen, oimai de kai sumpasa hè tou dialegesthai pragmateia. To gar episkopein kai epicheirein elegchein tas allèlôn phantasias te kai doxas, orthas hekastou ousas, ou makra [162a] men kai diôlugios phluaria, ei alèthès hè Alètheia Prôtagorou alla mè paizousa ek tou adutou tès biblou ephthegxato; |
Socrate - Tout le reste, pour moi, il l'a dit de manière tout à fait agréable : que ce qui paraît à chacun, cela est aussi ; mais j'ai été étonné par le début du discours, qu'il n'ait pas dit en commençant la Vérité que « de toutes choses, la mesure est le cochon » ou « le babouin » ou quelque autre [créature] encore plus insolite d'entre celles qui possèdent la sensation, par quoi il aurait commencé à nous parler magnifiquement et de manière tout à fait dédaigneuse, indiquant que nous, nous le regardions avec étonnement comme un dieu du fait de sa sagesse, mais lui donc [161d] se trouvait n'être, du point de vue de l'intelligence, en rien meilleur qu'un tétard de grenouille et à plus forte raison, qu'un autre d'entre les hommes. Ou bien que devons-nous dire, Théorore ? Si en effet à présent sera vraie pour chacun l'opinion qu'il se forme à travers ses sens, et que ni ce qu'éprouve l'un, un autre ne le discerne mieux, ni l'opinion de l'un, un autre n'aura plus d'autorité pour examiner si elle est juste ou fausse, mais que, comme cela a été dit bien des fois, chacun se forme lui-même tout seul des opinions sur ce qui le concerne, celles-ci de plus toutes justes et vraies, pourquoi diable alors, camarade, d'un côté un Protagoras sage au point [161e] d'être en toute justice considéré comme un maître pour d'autres digne d'énormes salaires, et de l'autre nous, plus ignorants et auxquels il était nécessaire d'aller lui tourner autour à longueur de temps, à nous qui étions chacun pour nous-même la mesure de notre propre sagesse ? Cela, comment ne dirions-nous pas que Protagoras le disait pour flatter le peuple ? Quant à ce qui nous concerne, moi et mon art maïeutique, je passe sous silence combien nous prêtons à rire, et je crois bien aussi toute cette application au dialegesthai ! (28) Car le fait d'examiner et d'entreprendre de réfuter les représentations (29) et opinions les uns des autres, alors qu'elles sont justes pour chacun, n'est-ce pas là longs [162a] et obscurs bavardages, si vraie est la Vérité de Protagoras et que ce n'est pas en jouant comme un enfant qu'elle a fait entendre des sons (30) depuis l'enceinte sacrée du livre ? |
|
| [TD18] 196e1 |
Théétète,
196d11-e7 (La science comme opinion vraie et la possibilité de l'opinion fausse) |
|
Sôkratès - Epeit' ouk anaides dokei mè eidotas epistèmèn apophainesthai to epistasthai hoion estin; alla gar, Ô [196e] Theaitète, palai esmen anapleôi tou mè katharôs dialegesthai. Muriakis gar eirèkamen to "gignôskomen" kai "ou gignôskomen," kai "epistametha" kai "ouk epistametha," hôs ti sunientes allèlôn en hôi eti epistèmèn agnooumen· ei de boulei, kai nun en tôi paronti kechrèmeth' au tôi "agnoein" te kai "sunienai," hôs prosèkon autois chrèsthai eiper sterometha epistèmès. |
Socrate - Par suite, ne semble-t-il pas impudent, ne sachant pas ce qu'est la science, d'expliquer ce que c'est que savoir ? (31) Mais de fait, [196e] Théétète, voilà beau temps que nous sommes pollués par le dialegesthai qui n'est pas propre. Des millers de fois en effet nous avons pronconcé ce « nous connaissons » et « nous ne connaissons pas » et « nous savons » et « nous ne savons pas » comme convenant les uns et les autres de quelque chose en un temps où nous ignorons encore [ce qu'est] la science. Et si tu veux, encore maintenant, à l'instant présent, nous nous sommes à nouveau servis de « ignorer » et de « convenir » comme s'il convenait de s'en servir quand bien même nous sommes privés de science. |
|
| [TD19] 14a1 |
Philèbe, 13e2-14b7 | ||||||||||||||
|
|||||||||||||||
| [TD20] 57e7 |
Philèbe, 57a9-58e3 | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
(1) Le fait de traduire l'adjectif grec utilisé ici par Socrate, gumnastikon, par un décalque français comme « gymnastique » ou « gymnique » n'apporterait rien dans la mesure où ces mots n'ont pas en français le sens qu'a ici pour Socrate le mot grec traduit. Et remplacer le mot par une périphrase comme « conforme à l'art de la gymnastique » ou « conforme aux règles de l'activité physique » vide de sens le propos de Socrate, qui est de faire rechercher à Alcibiade un mot unique, un adjectif qualificatif qui décline le concept de « meilleur » dans un domaine spécifique d'activité et peut donc servir à nommer la technè particulière qui régit ce domaine d'activité. L'adjectif grec gumnastikos est dérivé de gumnos, « nu », par l'intermédiaire du verbe gumnazesthai, « s'exercer aux exercices gymniques » (sous-entendu, « en se mettant nu »). Il qualifie soit ce qui concerne les exercices gymniques, c'est-à-dire toutes les activités qui ont pour objet le développement du corps, et en particulier, au féminin substantivé, hè gumnastikè (sous-entendu technè) la « gymnastique », soit celui ou celle qui est doué dans ce type d'activités (le mot le plus proche de ce sens en français serait « athlétique », qui renvoie à une autre famille de mots grecs trouvant leur origine dans le concept de « lutte, combat », aethlos ou athlos en grec, mais qui, pour le cas qui nous concerne, a le défaut de plus mettre l'accent sur la constitution physique naturelle que sur la technè qui permet à chacun de tirer le meilleur parti de son corps, que sa constitution physique soit « athlétique » ou pas). (<==)
(2) La remarque
de Socrate ici, dans laquelle figure l'expression to dialegesthai accompagnée
de l'adverbe kalôs, est pleine de sous-entendus qu'il est difficile,
voire impossible, de percevoir dans des traductions qui « interprètent » à
la fois le verbe et l'adverbe et font disparaître une plus ou moins grande
partie des registres de sens de ces mots.
Commençons par l'adverbe kalôs. Socrate l'a introduit
dans sa précédente réplique, où il se substituait à un autre adverbe de sens
en partie voisin utilisé par lui auparavant, orthôs,
que j'avais traduit alors par « correctement ». Et ces
deux adverbes viennent dans une conversation où il est question de faire quelque
chose betlion (« mieux »), c'est-à-dire où l'on
cherche les critères de l'agathon, du « bon/bien » (beltion est
de fait l'une des formes qui sert de comparatif à agathos).
Or il se trouve qu'aussi bien orthôs que kalôs peuvent,
dans certains contextes, dont celui-ci, se traduire par « bien »,
mais chacun à partir d'un registre de sens original différent : orthôs est
issu de l'adjectif orthos, qui signifie « droit » à
la fois au sens propre (une ligne « droite », quelqu'un
qui se tient « droit » sur ses jambes) et au sens figuré
pouvant s'appliquer à l'esprit (un raisonnement « droit »,
c'est-à-dire « juste, correct »), au caractère
(« droit », c'est-à-dire « loyal,
sincère »)
ou encore à un comportement (« droit », c'est-à-dire « juste, conforme
à la loi »). Orthôs au sens premier, c'est
donc « droitement », et de là dans certains contextes,
« correctement », c'est-à-dire « bien ». L'expression
utilisée par deux fois par Socrate quelques répliques plus haut (celle qui
commence par « Mais
essaye de m'imiter »), orthôs echein, peut en
fait se traduire tout simplement par « être bien ». Kalôs pour
sa part est dérivé de kalos qui veut dire « beau »,
là encore, à la fois dans le registre physique et dans le registre moral, et
signifie donc au sens premier « de belle manière ».
Mais pour les grecs du temps de Socrate et Platon, beau (kalon) et
bon (agathon) étaient deux notions très étroitement liées, au point
que l'expression consacrée pour désigner un homme de bien, un « honnête
homme », était kalos kagathos, contraction de kalos
kai agathos, sur laquelle on avait même formé le substantif kalokagathia pour
désigner le comportement d'un tel homme. Et donc, lorsque Socrate demande
à Alcibiade si ce qu'il a dit l'a été kalôs, « de
belle manière », c'est, si l'on s'en tient à la surface des
mots, la même chose que de demander si c'était « bien
dit »,
c'est-à-dire encore si c'était « correct (orthos) ».
Le problème, c'est que,
lorsqu'il s'agit de paroles et de discours, le registre du kalon évoque
un débat qui était au cœur du conflit entre le Socrate de
Platon et les orateurs du temps, tel Gorgias et sa rhétorique, celui
de savoir s'il suffit, pour qu'un discours soit « bon », « correct », « juste »,
qu'il soit « beau » d'un point de vue uniquement esthétique,
c'est-à-dire bien construit, orné de mots recherchés,
d'assonances plaisantes
à l'oreille, etc., sans qu'on cherche à savoir si ce qu'il dit
est vrai (c'est tout le débat du Gorgias). Et c'est tout cela
qui est sous-jacent
à la formulation de Socrate disant à Alcibiade que lui conviendrait to
kalôs dialegesthai. Tout cela et plus, puisque le eipein (« dire,
parler ») utilisé auparavant devient maintenant dialegesthai,
un terme chargé de sens pour le Socrate de Platon, qui pose aussi la
question de savoir si la bonne/belle manière de parler, c'est de faire
de beaux discours sous forme de monologues, ou bien s'il faut faire la place
au dialogue. Certes, il est probable que tous ces sous-entendus passent au
dessus de la tête du
jeune Alcibiade, qui aura peut-être simplement l'impression qu'au moment
où Socrate lui dit qu'il lui conviendrait de parler/dialoguer/discuter
de belle manière, il n'utilise le verbe dialegesthai que parce
que, pour l'instant, c'est ce que Socrate et lui sont en train de faire, et
qu'il lui donne l'exemple du « beau parler » en variant
les mots qu'il utilise pour dire des choses semblables (beltion, orthôs,
kalôs), sans qu'il faille chercher plus derrière ces variations
terminologiques que des effets de style. Mais Platon n'écrit pas
pour le jeune Alcibiade, mort depuis longtemps lorsqu'il écrit ces lignes,
mais pour les lecteurs. Et c'est à nous qu'il revient de détecter
ces sous-entendus porteur de sens.
Les sous-entendus ne s'arrêtent d'ailleurs pas là, car le choix du verbe qui
ouvre l'incise de Socrate, prepoi (« il conviendrait »),
nous renvoie à une autre discussion, celle entre Hippias et Socrate dans l'Hippias
majeur, où Socrate essaye justement d'obtenir d'Hippias une définition
de to kalon, et se demande à un moment si ce ne serait pas to
prepon (« le convenable ») (Hippias
Majeur, 293d, sq ; sur cette discussion, voir la
note 13 à ma traduction de Ménon, 77a5-80d1). La
question sous-jacente est donc de savoir si ce kalôs dialegesthai ne
serait pas justement, bien compris, ce qui pourrait constituer la vraie beauté
d'Alcibiade, plus que son apparence physique.
Mais comment même soupçonner ces sous-entendus dans une traduction
qui rend le oukoun kalôs de Socrate par « Et
n'est-ce pas la vérité ? » et traduit ensuite
le kalôs dialegesthai par « raisonner comme il
faut » (Maurice Croiset, Budé), ou le oukoun kalôs par « Et
n'ai-je pas eu raison ? » et
le kalôs dialegesthai par « être bon dans la
conversation » (Léon Robin, Pléiade), ou le oukoun
kalôs par « N'ai-je pas bien dit ? » et
le kalôs dialegesthai par « bien raisonner » (Chambry,
Garnier), ou le oukoun kalôs par « Et c'est
exact, n'est-ce pas ? » et
le kalôs dialegesthai par « que tu suives les
règles dans le dialogue » (Cazeaux, Livre de Poche),
ou le oukoun kalôs par « Et n'est-ce pas convenable ? » (avec
une note sur « convenable », déjà utilisé pour traduire orthôs un
peu plus haut, qui
fait un sort aux sous-entendus : « Convenable
rend l'adverbe kalôs qui, littéralement, signifie « bellement » (et
donc « comme il faut ») ; son usage devient alors
analogue à celui de l'adverbe orthôs ») et
le kalôs
dialegesthai par « raisonner
convenablement » (Marbœuf/Pradeau,
GF Flammarion) ?! Voilà ce qui arrive quand on veut faire une « belle » traduction
en explicitant le sens que l'on croit déceler derrière des phrases
qui ont été délibérément écrites pour en receler plusieurs et pour faire justement
réfléchir à partir de ces ambiguïtés ! (<==)
(3) Pythô est l'ancien nom de la partie de la Phocide située au pied du mont Parnasse en Grèce centrale, où se trouve Delphes, et par assimilation, l'ancien nom de Delphes, où se dressait le célèbre temple dédié à Apollon où officiait la Pythie et à l'entrée duquel était gravé, parmi d'autres, le fameux précepte repris à son compte par Socrate : gnôti sauton, « Connais-toi toi même ». C'est la mention de cette inscription par Socrate en 124a8-b1 au terme d'un long discours à Alcibiade sur l'éducation des rois de Perse qui a conduit à la discussion en cours sur l'epimeleian, la « préoccupation », le « souci » qui doit être le nôtre pour déterminer la manière de nous améliorer et c'est elle que Socrate rappelle ici pour réorienter la discussion vers une meilleure compréhension du « toi-même » auquel elle fait référence. (<==)
(4) Dans l'échange qui a précédé le passage ici traduit, Socrate a expliqué que, pour reconnaître l'art (technè) qui permet d'améliorer quelque chose (beltiô poiein) et d'en prendre soin (epimeleisthai), il faut connaître cette chose (exemples de la chaussure et de la bague). Or Alcibiade voudrait savoir comment devenir meilleur, à quoi consacrer ses soins pour cela. La question, généralisée par Socrate, est celle qui ouvre le passage traduit : Tis technè beltiô poiei auton; (« Quel art rend soi-même meilleur ? ») Elle implique donc de savoir ti pot' esmen autoi (« ce que nous pouvons bien être nous-mêmes »), ce qui amène le rappel du précepte delphique sur to gnônai heauton (« le se connaître soi-même »). Et Socrate d'ajouter que c'est gnontes auto (« en connaissant cela ») que nous trouverons ti pot' esmen autoi (« ce que nous pouvons bien être nous-mêmes »). On voit dans ce concentré de l'échange que tout tourne autour de pronoms personnels réfléchis dans une oscillation continue entre le masculin (auton, autoi, heauton) qui vise des personnes et le neutre (ti, auto) qui « objective » en quelque sorte ces personnes, les ravalant si l'on peut dire au même rang que la chaussure ou la bague des exemples antérieurs pour ne pas préjuger du résultat de la recherche : non pas « c'est qui (tis) toi-même ? », mais « c'est quoi (ti) toi-même ? ». Mais la question est bien celle-là : si tu veux t'améliorer toi-même, il faut d'abord savoir ce que c'est que « toi-même » ! Cette « objectivation », cette « neutralisation » (au sens de « rendre grammaticalement neutre ») de l'« objet » de la recherche trouve son couronnement ici dans cette formule auto tauto, contraction de auto to auto, « le ça-même ça-même » (« le ça-même lui-même » est plus compréhensible en français, mais il masque la redondance du grec et repersonnalise l'un des neutres en en faisant un « lui »), préparée par le auto de gnontes auto de la réplique précédente de Socrate, qui renvoie lui-même au heauton qu'il nous faut gnônai de la réplique encore antérieure. Bien sûr, ce auto to auto, même si le jeune Alcibiade qui dialogue ici avec Socrate n'est pas censé s'en rendre compte, renvoie à d'autres formules de même structure qu'on trouve ailleurs dans les dialogues, où il est question de auto to X, « le X proprement dit, le X lui-même » que certains traduisent par « le X en soi », où X peut être le beau, le bon, le juste, etc. Ici, dans le dialogue introductif du parcours des dialogues, Platon s'amuse à introduire cette formulation à un endroit où, bien que l'abstraction se redouble, puisqu'elle porte sur le pronom même qui sert d'intensif dans la formule (auto), le propos reste néanmoins parfaitement compréhensible. Ce faisant, il réussit le fait d'arme de laisser la question ouverte sur la réponse la plus « neutre » possible, parce que matérielle, que serait le corps (to sôma ; « toi, c'est ton corps ») tout en orientant pour qui a déjà lu la suite des dialogues une première fois vers la réponse la plus abstraite possible, l'idée de l'homme (auto to anthrôpos), ou du moins son instanciation en chacun de nous... Bref, ce que dit ici Socrate, c'est que chercher à savoir ti pot' esmen autoi (« ce que nous pouvons bien être nous-mêmes »), c'est chercher ce qui constitue le soi proprement dit, ce dont je veux parler quand je dis : « toi », « moi » ou « lui/elle ». (<==)
(5) Dans la continuité de la note précédente, il n'est pas neutre du tout que Socrate entame sa recherche du « moi » profond par une référence au discours, et pas à n'importe quel discours, mais plus spécifiquement au dialogue (le verbe employé est dialegesthai, sous la forme dialegèi, seconde personne du présent de l'indicatif), c'est-à-dire à un échange de paroles entre un toi (su) et un moi (egô). (<==)
(6) Traduire logos ici priverait le texte de toutes les résonances qu'il a en grec sur la multiplicité des sens de ce mot qui désigne justement ce qui constitue l'homme en tant que tel et le distingue de tous les autres animaux. Certes, dans le texte lu au premier degré et tel que le comprend sans doute Alcibiade, il n'y a pas de doute que, lorsque Socrate dit que, pour dialoguer, il utilise le logos, cela veut dire « la parole ». Mais est-il si évident qu'il n'utilise que ça de ce que peut signifier logos en grec ? Parler, dialoguer, c'est aussi faire usage de sa « raison », autre sens possible du mot logos ! (<==)
(7) On touche ici du doigt le danger que représente dans ce passage la traduction de logos, et même celle de dialegesthai ! Lorsque Maurice Croiset (Budé) traduit par « Parler et se servir du langage sont pour toi deux mots pour une même chose », ou Léon Robin (Pléiade) par « Or, parler et se servir de la parole, tu dis, je pense, que c'est la même chose ? », ou Émile Chambry (Garnier) par « Mais parler et user de la parole, c'est pour toi la même chose, je suppose ? », ou Jacques Cazeaux (Livre de Poche) par « Échanger des paroles et utiliser des paroles, cela revient au même dans ton lexique ? », ou Chantal Marbœuf et Jean-François Pradeau (GF Flammarion) « Parler et se servir du discours sont pour toi une même chose », ils respectent certes le sens premier, obvie du texte, mais en font du même coup disparaître toutes les résonances qu'il peut induire pour qui gratte un peu la surface des mots, et qui ne sont certainement pas fortuites dans un texte de Platon qui ouvre une réflexion sur ce qui constitue l'homme proprement dit ! Entre le to dialegesthai banal signifiant « parler, discuter » et celui que, par exemple en République VII, 537d5 et 537e1, les mêmes Chambry et Robin n'hésitent pas à traduire par « la dialectique » (voir là-dessus la note 32 à ma traduction de République VII, 535a3-541b5, et aussi la note 38, où l'on voit que même un simple logoi au pluriel peut être traduit par eux par « la dialectique » dans ce même contexte), il y a toute les nuances de sens qui différencient une banale conversation sur le temps qu'il fait des plus hautes spéculations « dialectiques » de certains des grands dialogues de Platon. Et ces nuances ne font que refléter dans le verbe une partie des multiples sens de logos. Les deux expressions apparemment synonymes que propose Socrate à Alcibiade, to dialegesthai et to logôi chrèsthai ne le sont effectivement que si l'on prend les deux mots, le verbe dialegesthai et le nom apparenté logos, dans leur sens le plus banal, mais posent en fait problème dès qu'on donne à l'un ou à l'autre des deux mots, voire aux deux, des sens plus proches de ceux de « raison » et « raisonner ». En fait, la question sous-jacente à cette remarque qui semble triviale, c'est celle de savoir de quel logos on parle quand on dit qu'il constitue l'homme et le distingue des animaux : suffit-il de parler, comme un perroquet, pour être un homme ? Des « raisonnements » comme ceux que tiennent Euthydème et Dionysodore dans l'Euthydème sont-ils ceux d'hommes dignes de ce nom ? L'idéal « dialectique » que propose Platon est-il celui de tout homme ? Et quel type de logoi suppose-t-il ? Bref, en quelques mots apparemment anodins, Platon pose à qui sait lire entre les lignes tout le problème qu'il cherchera à approfondir au fil des dialogues et qui est une des clés d'entrée dans ceux-ci : qu'est-ce que le logos ? (<==)
(8) C'est Socrate qui parle, dans le cadre du récit qu'il fait à un ami de rencontre de l'entretien qu'il vient d'avoir peu avant avec Protagoras dans la maison de Callias, l'homme le plus riche d'Athènes. Il vient de faire une longue exégèse d'un poème de Simonide où il fait dire au poète à peu près le contraire de ce qu'il semble vouloir dire, et cette réplique fait suite à une intervention d'Hippias qui propose de faire entendre à l'auditoire sa propre exégèse du poème, suivie d'un rappel à l'ordre d'Alcibiade rappelant les règles du jeu établies auparavant entre Protagoras et Socrate pour permettre à la conversation de se poursuivre, selon lesquelles c'est à Protagoras de choisir s'il préfère interroger Socrate ou répondre à ses questions. (<==)
(9) Le mot grec traduit par « banquet-beuverie » est sumposion, le mot qui sert de titre au dialogue de Platon qui décrit une telle réunion, connu en français sous le titre Le Banquet. Mais il ne faut pas perdre de vue que la racine du mot grec est posis, « le fait de boire », dérivé lui-même du verbe pitein (« boire »), et qu'un sum-posion, c'est une réunion de personnes pour boire ensemble. Ceci étant dit, il est intéressant d'avoir présent à l'esprit le Banquet lorsqu'on lit les lignes qui suivent, dans lesquelles Socrate oppose deux types de sumposia selon le niveau d'éducation des gens qui y prennent part. (<==)
(10) Il y a une certaine ironie de la part de Socrate à décrire les gens dont il critique les banquets-beuveries à l'aide des termes tôn phaulôn kai agoraiôn anthrôpôn. L'adjectif agoraios signifie en effet au sens premier « de l'agora », agora signifiant « lieu où l'on se réunit », et plus spécifiquement « place publique » ou encore « marché » (lieu de réunion des marchandes). C'est à partir de ce sens qu'appliqué à une personne, il en vient à signifier « qui passe son temps à l'agora », c'est-à-dire « oisif », ou encore « homme du commun, vulgaire, grossier ». Mais pourtant, Socrate lui-même nous est présenté, et se présente à nous dans l'Apologie (cf. Apologie, 17c), comme quelqu'un qui passe son temps à l'agora ! Quant à phaulos, il a le sens général de « de qualité inférieure », mais pas nécessairement avec une connotation péjorative, et peut signifier « méchant, défectueux » aussi bien que « modeste, humble ». Ce ne sont donc pas les mots en eux-mêmes, mais le regard que celui qui les écoute porte sur les gens humbles qu'on croise au marché, parmi lesquels on peut trouver Socrate, et, à l'occasion, la plupart des participants à la réunion chez Callias, qui donne à la formule de Socrate un sens chargé de mépris. (<==)
(11) Cette longue phrase divisée en deux parties égales qui s'opposent l'une à l'autre et introduite par l'idée de la comparaison entre to peri poièseôs dialegesthai et les sumposia est riche d'enseignements sur to dialegesthai, tant par son contenu que par sa structure, lorsqu'on prend la peine de l'analyser en profondeur. En fait, elle utilise les sumposia comme métaphore de la vie en société (comme le feront de manière beaucoup plus développée les deux premiers livres des Lois en en faisant un outil privilégié de l'éducation à la vie en société) et les joueuses de flûte comme métaphore des poètes et oppose deux attitudes dans ce type de réunions. Ce que je voudrais maintenant montrer, c'est que cette opposition se manifeste non seulement dans les formules utilisées, mais dans la manière dont les différents éléments évoqués sont organisés dans chaque cas. Examinons de plus près chacune des deux parties de la phrase (les traductions sous le texte grec ont été aménagées pour suivre l'ordre des mots grecs) :
| Kai gar houtoi, (hoi phauloi kai agoraioi
anthrôpoi) Et en effet, ceux-ci, ( les de moindre valeur et de la rue hommes) |
||||
| erga action |
non | suneinai être ensemble |
dia to mè dunasthai allèlois di' heautôn suneinai par le fait de ne pouvoir les uns avec les autres par eux-mêmes entrer en relation |
|
| boisson | en tôi potôi dans la beuverie, |
|||
| logoi discours |
non | heautou logos son logos propre |
mède dia tès heautôn phônès kai
tôn logôn tôn heautôn pas même par la d'eux-mêmes voix et les paroles les d'eux-mêmes |
|
| absence d'éducation | hupo apaideusias, du fait d'inéducation, |
|||
| erga action |
oui | aulètrides joueuses de flûte |
timias poiousi tas aulètridas, pollou misthoumenoi de valeur font les joueuses de flûte, très cher louant |
|
| logoi discours |
oui | allotria phonè voix étrangère |
allotrian phônèn tèn tôn aulôn, d'autre part une voix, celle des flûtes, |
|
| kai dia tès ekeinôn phônès allèlois
suneisin· et, par la de celles-ci voix, les uns avec les autres entrent en relations ; |
||||
| hopou de kaloi kagathoi sumpotai quand cependant beaux et bons des co-buveurs |
||||
| éducation | kai pepaideumenoi eisin, et éduqués sont, |
|||
| erga action |
non | aulètrides joueuse de flûte |
ouk an idois out' aulètridas oute orchèstridas
oute psaltrias, tu ne verras ni joueuses de flûte, ni danseuses, ni joueuses de harpe, |
|
| erga action |
oui | suneinai être ensemble |
alla autous hautois hikanous ontas suneinai mais, eux avec eux-mêmes suffisant étant pour entrer en relation |
|