| © 2006 Bernard SUZANNE | Dernière mise à jour le 30 mai 2006 |
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Pour l'introduction générale à l'étude de dialegesthai et des termes dérivés, cliquer ici.
Les 19 occurrences de l'adjectif dialektikos et les 3 occurrences de l'adverbe dialektikôs sont présentées ici dans leur contexte original et traduit. On y verra que l'adjectif dialektikos peut se substantiver aussi bien sous la forme hè dialektikè pour désigner une pratique, dans des contextes où l'usage est de traduire par « la dialectique », que sous la forme ho dialektikos pour désigner une personne, dans des contextes où l'usage est de traduire par « le dialecticien ».
Rappelons par ailleurs que dialektikos n'apparaît pas dans les textes antérieurs à Platon qui nous sont parvenus et que, dans l'ensemble du corpus grec disponible sur le site Perseus, on le trouve deux fois chez Xénophon (Mémorables, IV, 5, 12 ; IV, 6, 1) et 29 fois dans les textes d'Aristote disponibles sur ce site (8 fois dans la Métaphysique et 21 fois dans la Rhétorique). (1)
| [DI1] 75d4 [DI2] 75d5 |
Ménon,
75c4-d7 (2) (Ménon critique la définition de schèma que vient de donner Socrate) |
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| [DI3] 266c1 [DI4] 266c8 |
Phèdre,
265c5-266c9 (Critique des deux discours de Socrate) |
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| [DI5] 276e5 |
Phèdre,
276b1-277a5 ( Les limites de l'écrit) |
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| [DI6] 531d9 |
République,
VII, 531d7-10 (11) (début de la discussion sur la dialectique comme ultime objet d'étude) |
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| « È ouk ismen hoti panta tauta prooimia estin autou tou nomou hon dei mathein; ou gar pou dokousi ge soi hoi tauta deinoi dialektikoi [531e] einai. » | « Ne savons-nous donc pas que toutes celles-ci [les études dont il a été question auparavant : arithmétique, géométrie, géométrie dans l'espace, astronomie, harmonie] sont les préludes de la partition même qu'il faut apprendre ? Car ils ne te donnent tout de même pas, j'espère, l'impression, ceux qui sont forts en tout ça, [531e] d'être dialectiques ? » | ||||||||||||||||||||||||
| [DI7] 532b4 |
République,
VII, 532a1-b4 (la dialectique comme ultime objet d'étude : renvoi à l'allégorie de la caverne) |
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| « [532a] Oukoun,
eipon, Ô Glaukôn,
houtos èdè autos
estin ho nomos hon to dialegesthai perainei; Hon kai onta noèton
mimoit' an hè tès opseôs dunamis, hèn elegomen
pros auta èdè ta zôia epicheirein apoblepein kai
pros auta <ta> astra te kai teleutaion dè pros auton ton
hèlion. Houtô kai hotan tis tôi dialegesthai epicheirèi
aneu pasôn tôn aisthèseôn dia tou logou ep'
auto ho estin hekaston horman, kai mè apostèi prin [532b] an
auto ho estin agathon autèi noèsei labèi, ep'
autôi gignetai tôi tou noètou telei, hôsper
ekeinos tote epi tôi tou horatou. Pantapasi men oun, ephè. Ti oun; Ou dialektikèn tautèn tèn poreian kaleis; » |
« [532a] Eh bien, dis-je, Glaucon,
n'est-ce pas alors celle-ci la partition même
que le dialegesthai conduit à son achèvement ?
Celle que, bien qu'elle soit [d'ordre] intelligible,
mimerait le pouvoir de la vue que nous avons dit entreprendre de tourner
d'abord les yeux vers les vivants eux-mêmes, puis vers les astres
eux-mêmes et puis même finalement vers le soleil lui-même.
Et ainsi, chaque fois que quelqu'un, par le dialegesthai, entreprend,
sans toutes les sensations, par le logos,
de s'élancer vers cela même qu'est chaque chose, et ne renonce
pas avant que [532b] cela
même qu'est le bien, il l'ait saisi par l'intelligence elle-même,
il parvient au terme même de l'intelligible, comme l'autre tout à l'heure à celui
du visible. Tout à fait en effet, dit-il. Mais quoi ? N'appelles-tu pas dialectique cette démarche ? » |
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| [DI8] 533c7 |
République,
VII, 533c7-d7 (la dialectique comme ultime objet d'étude) |
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| « Oukoun, èn d' egô, hè dialektikè methodos monè tautèi poreuetai, tas hupotheseis anairousa, ep' autèn tèn archèn [533d] hina bebaiôsètai, kai tôi onti en borborôi barbarikôi tini to tès psuchès omma katorôrugmenon èrema helkei kai anagei anô, sunerithois kai sumperiagôgois chrômenè hais dièlthomen technais: has epistèmas men pollakis proseipomen dia to ethos, deontai de onomatos allou, enargesterou men è doxès, amudroterou de è epistèmès--dianoian de autèn en ge tôi prosthen pou hôrisametha » | « Donc, repris-je, le cheminement dialectique seul marche ainsi, en éliminant les hypothèses jusqu'au point de départ lui-même [533d] afin de s'affermir, et, pour dire ce qui est, l'œil de l'âme complètement enseveli dans une sorte de bourbier barbare, il l'en tire doucement et le dirige vers le haut en se servant comme collaborateurs et coretourneurs des arts que nous avons passés en revue, que nous avons bien des fois appelés savoirs/sciences du fait de l'habitude, mais qui ont besoin d'un autre nom, plus évocateur de clarté qu'« opinion », d'obscurité que « savoir » ; « réflexion », c'est ainsi qu'auparavant nous avons quelque part défini ça » | ||||||||||||||||||||||||
| [DI9] 534b3 |
République,
VII, 534b3-6 (la dialectique comme ultime objet d'étude) |
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| « È kai dialektikon kaleis ton logon hekastou lambanonta tès ousias; Kai ton mè echonta, kath' hoson an mè echèi logon hautôi te kai allôi didonai, kata tosouton noun peri toutou ou phèseis echein; » | « Et appelleras-tu aussi dialectique celui qui saisit la parole de la richesse de chaque [être] ? (12) Et celui qui n'est pas en état, ne diras-tu pas que moins il est en état de produire une parole [sensée] pour lui-même et pour les autres, moins il est en état d'intelligence vis-à-vis de cela ? » | ||||||||||||||||||||||||
| [DI10] 534e3 |
République,
VII, 534e2-535a1 (la dialectique comme ultime objet d'étude) |
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| « Ar' oun dokei soi, ephèn egô, hôsper thrigkos tois mathèmasin hè dialektikè hèmin epanô keisthai, kai ouket' allo toutou mathèma anôterô orthôs an epitithesthai, all' echein [535a] èdè telos ta tôn mathèmatôn; » | « Ainsi donc, il te semble, dis-je, moi, que, comme un faîte aux études, la dialectique repose pour nous tout en haut, et qu'aucune autre étude ne puisse à bon droit être placée plus haut, mais que nous tenons [535a] à présent le terme des études ? » | ||||||||||||||||||||||||
| [DI11] 536d6 |
République,
VII, 536d5-8 (la sélection des futurs gouvernants) |
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| « Ta men toinun logismôn te kai geômetriôn kai pasès tès propaideias, hèn tès dialektikès dei propaideuthènai, paisin ousi chrè proballein, ouch hôs epanagkes mathein to schèma tès didachès poioumenous. » | « Par conséquent donc, les [études] en arithmétique et en géométrie et dans toute cette éducation préalable dans laquelle il est nécessaire d'être éduqué préalablement à la dialectique, c'est lorsqu'ils sont enfants qu'il faut les proposer, en ne donnant pas à cet enseignement l'apparence de quelque chose d'obligatoire à étudier. » | ||||||||||||||||||||||||
| [DI12] 537c6 [DI13] 537c7 |
République,
VII, 537b8-c7 (la sélection des futurs gouvernants) |
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| « Meta dè touton ton chronon, èn
d' egô, ek tôn
eikosietôn hoi prokrithentes timas te meizous tôn allôn
oisontai, [537c] ta te chudèn mathèmata paisin en tèi
paideiai genomena toutois sunakteon eis sunopsin oikeiotètos te
allèlôn tôn mathèmatôn kai tès
tou ontos phuseôs. Monè goun, eipen, hè toiautè mathèsis bebaios, en hois an eggenètai. Kai megistè ge, èn d' egô, peira dialektikès phuseôs kai mè: ho men gar sunoptikos dialektikos, ho de mè ou. » |
« Donc, après ce temps,
repris-je, ceux qui auront été sélectionnés
parmi les jeunes de vingt ans recevront des honneurs plus grands que
les autres, [537c] et
les études qui seront arrivées pêle-mêle dans
leur éducation en
tant qu'enfants, il faudra les rassembler pour eux dans une vue d'ensemble
de la parenté des études les unes avec les autres et de
la nature de ce qui est. C'est en tout cas la seule, dit-il, cette manière d'apprendre, qui fournisse une base solide à ceux en qui elle serait développée. Et à vrai dire, repris-je, un très grand test d'une nature dialectique ou pas : celui qui a la vue d'ensemble, dialecticien, mais celui qui ne l'a pas, non. » |
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| [DI14] 390c11 [DI15] 390d5 |
Cratyle,
390c2-d8 (Discussion entre Hermogène et Socrate sur l'origine du langage) |
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| [DI16] 398d7 |
Cratyle,
398c6-e3 (L'étymologie du mot « héros ») |
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| [DI17] 290c5 |
Euthydème,
290b7-c6 (Réponse de Clinias à Socrate qui suggère que c'est l'art du « stratège » (stratègikè) (16) qui est le plus apte à nous rendre heureux ; Clinias vient de répondre qu'il n'y voit qu'une forme de « chasse à l'homme ») |
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| « Oudemia, ephè, tès thèreutikès autès epi pleon estin è hoson thèreusai kai cheirôsasthai· epeidan de cheirôsôntai touto ho an thèreuôntai, ou dunantai toutôi chrèsthai, all' hoi men kunègetai kai hoi haliès tois opsopoiois paradidoasin, hoi [290c] d' au geômetrai kai hoi astronomoi kai hoi logistikoi—thèreutikoi gar eisi kai houtoi· ou gar poiousi ta diagrammata hekastoi toutôn, alla ta onta aneuriskousin—hate oun chrèsthai autoi autois ouk epistamenoi, alla thèreusai monon, paradidoasi dèpou tois dialektikois katachrèsthai autôn tois heurèmasin, hosoi ge autôn mè pantapasin anoètoi eisin. » | « Aucun [des arts] de chercheur (17) proprement dit n'est concerné par plus que chercher et mettre la mains dessus ; mais une fois qu'ils ont mis la main sur ce qu'ils cherchaient, ils ne sont pas capables d'en faire usage, les chasseurs et les pêcheurs pour leur part passent la main aux cuisiniers, et [290c] de leur côté les géomètres et les astronomes et les calculateurs—car chercheurs, eux aussi le sont, car ils ne créent pas les figures, mais découvrent celles qui existent—donc, comme il ne savent pas en faire usage eux-mêmes, mais seulement chercher, ils passent la main, je supppose, aux dialectiques pour tirer parti de leurs découvertes, ceux d'entre eux du moins qui ne sont pas tout à fait dénués d'intelligence. » | ||||||||||||||||||||||||
| [DI18] 253d2 [DI19] 253e4 |
Sophiste,
253b9-e5 (18) (Dialectique et philosophie) |
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| [DI20] 285d6 |
Politique,
285c8-d8 (Transition méthodologique sur la juste mesure) |
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| [DI21] 287a3 |
Politique,
286c6-287a6 (Transition méthodologique sur la juste mesure) |
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| [DI22] 17a4 |
Philèbe,
16a6-17a7 (Le « chemin (hodos) » dont Socrate est amoureux) |
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(1) Les textes d'Aristote disponibles à Perseus sont : Métaphysique, Rhétorique, Poétique, Économique, Politique, Étique à Nicomaque, Étique à Eudème, Des vertus et des vices, Constitution des Athéniens.(<==)
(2) Voir la note 44 à ma traduction de la section 73c6-77a5 du Ménon sur ces deux emplois de l'adverbe dialektikôs, ainsi que les autres notes sur la traduction de la section transcrite ici pour l'explication de certains choix de traduction ou de non traduction (en particulier, sur la non traduction de schèma, voir note 7 ; sur la traduction du mot chroa pat « teint », voir note 38). (<==)
(3)
Deux termes employés dans cette réplique posent un problème
de traduction : eidos, lorsqu'il est question des duoin eidoin,
que j'ai traduit par « de deux idées »,
et technèi, que j'ai traduit par « par quelque
moyen ».
Eidos, c'est effectivement l'un des termes auxquels on veut dans certains
contextes donner le sens d'« idée » en référence
à une supposée « théorie des idées »
de Platon. Or, ici, Socrate ne fait pas référence à des
« concepts » spécifiques, des « idées »
au sens que l'on appelle « platonicien », comme l'idée
du beau, ou l'idée du bien, mais, comme on va le voir dans la suite,
à ce qu'il vaudrait mieux appeler deux « méthodes »,
deux modes de raisonnement, deux pratiques d'analyse et de syntèse. Et
c'est précisément pour ça, parce qu'il n'y a pas de risque
de comprendre ici « idée » dans un sens « technique »,
que je choisis de traduire eidos par « idée » !...
En fait, on pourrait paraphraser ce que dit ici Socrate de la manière
suivante : « Il y avait beaucoup de balivernes dans toutes ces
paroles dites au hasard, mais au milieu de tout ça, il y avait quand
même deux idées intéressantes... ». « Idées »,
dans une telle phrase, peut aussi bien renvoyer au contenu du discours proprement
dit, aux thèses soutenues, qu'à sa forme, à la manière
de les présenter. Et ce n'est sans doute pas un hasard si, en quelques
lignes, Platon va utiliser deux mots différents pour parler de la même
chose (idea dans sa prochaine réplique et eidos dans
la suivante pour parler des « idées » au sens que
je qualifiais à l'instant de « technique »), et
le même mot pour parler de deux choses différentes (eidos,
justement, ici dans un sens vague qui renvoie plus à des méthodes
qu'à des concepts, et plus loin dans le sens plus « technique »
auquel on s'attend chez Platon). Tout l'effort du dialegesthai est
justement de dépasser les mots, leurs limites et leurs ambiguïtés,
pour parvenir aux réalités qui sont derrière. Et pour cela,
il ne faut pas rêver de régenter le langage pour supprimer ces
ambiguïtés, comme voudrait le faire Aristote, mais au contraire
s'y confronter pour en prendre conscience et pouvoir apprendre à utiliser
le langage de manière profitable malgré ses limites inévitables.
Et ceci nous amène au problème posé par le second mot,
sans doute lui aussi délibéré de la part du Socrate de
Platon parlant à un Phèdre qui ne jure que par la technè
des sophistes et des rhéteurs à la Lysias. En suggérant
qu'il faudrait « saisir (labein) technèi »
le pouvoir (dunamin) de ces deux eidein, de ces deux « idées »
noyées au milieu de beaucoup d'enfantillages (paidiai), Socrate
rêve-t-il d'un « art », d'une « technique »
dialectique, ou prend-il le mot, tout comme eidos dans la même
phrase, dans un sens beaucoup plus neutre, que le mot technè
a aussi en grec, celui de « moyen » au sens le plus général
du terme ? Bien sûr, tous ceux qui voient dans la « dialectique »,
une « technique » justement, dont Socrate et Platon seraient
les « inventeurs », n'ont aucun doute ici ! Mais
pour moi, le dialegesthai est tout sauf une « technique » !
C'est une manière de concevoir le dialogue, une attitude vis à
vis du langage, qui permet de l'utiliser avec profit parce qu'on en a compris
les limites, et de le « dépasser » (le dia-
de dia-legesthai), et qui peut se pratiquer dans toutes les
formes (eidè) de discussion, y compris bien sûr le dialogue
intérieur, bref c'est une certaine idée du dialogue dont
Socrate va maintenant nous donner quelques principes (eidè)...
Et la boucle est bouclée entre eidos et technè !...(<==)
(4) Le grec n'utilise pas de nom pour désigner ce dont on parle ici, et qui est qualifié par un participe parfait passif (diesparmena) associé à un adverbe (pollachèi), mais se contente de faire précéder ces deux termes d'un article défini au neutre pluriel (ta). Il est impossible de rendre cette tournure en français sans projeter dans le texte des connotations ou des restrictions qui n'y sont pas et qui perturbent la compréhension. Le classique « choses » est trop matérialiste, surtout quand ce dont il a été question dans les discours dont Socrate fait l'analyse et la critique, ce sont des « idées » bien plus que des choses, l'amour en particulier, sous ses différentes formes, auquel ne fait pas spontanément penser le mot « choses » en français. Un terme plus englobant, comme « êtres » tire avec lui toute la métaphysique. Parler d'« objets » ou de « sujets d'investigation » restreint la portée du texte. Des tournures neutres en français comme « ce qui est de multiples manières disséminé » obligent à remplacer le pluriel grec par un singulier en français, et parler d'un singulier disséminé peut conduire à des considérations métaphysiques qui ne sont pas la préoccupation première de Socrate ici. Bref, en désespoir de cause, je renonce à ajouter un mot signifiant en français dont l'équivalent n'est pas dans le texte grec et je laisse à chacun le soin de suppléer aux trois astérisques entre crochets, comme devaient d'ailleurs le faire les grecs qui entendaient le texte de Platon ou des tournures analogues, fréquentes en grec, avec des neutres pluriels sans nom associé. (<==)
(5) La tentation est grande de traduire horizomenos par « en définissant », l'un des sens qu'a en effet le verbe horizein au moyen. Mais c'est encore là une traduction par trop technique qui projette Aristote dans Platon. Il vaut mieux une traduction qui rende perceptible le sens premier du verbe horizein, qui dérive de horos, « borne, limite ». « Définir » fait trop penser à des définitions du dictionnaire, alors que la manière de « délimiter » un mot, un concept, une « idée », de Platon, ce sont les dialogues dits « aporétiques, ou « socratiques », qui nous en donnent le meilleur exemple. Et ce que reprochent justement à ces dialogues ceux qui voudraient des définitions à la Aristote chez Platon, c'est de ne pas parvenir à donner une « définition » de ce qui est en discussion (le courage dans le Lachès, la piété dans l'Euthyprhon, la modération dans le Charmide, etc.), d'où leur qualificatif d'« aporétique » (d'un mot grec, aporos, qui signifie « sans issue »). Or, ce qu'ils ne voient pas, c'est que le dialogue a fait ce que ne fera jamais une « définition », nous donner une meilleure compréhension de ce dont on a discuté, en en montrant les multiples facettes et que, loin de restreindre la richesse du mot ou du concept pour l'enfermer dans une formule forcément réductrice, il en a au contraire dégagé l'« horizon » (le mot français qui vient justement de horizein) !... Bien sûr, on a mis des limites en distinguant ce à quoi on s'intéressait d'autres [***] (voir note précédente), mais on en a surtout fait le tour (sunorônta). Bref, on l'a bel et bien « délimité » bien plus que « défini » au sens habituel de ce terme. (<==)
(6) Réminiscence non strictement textuelle d'un vers d'Homère : ho d' epeita met' ichnia baine theoio, « et lui [Ulysse] suivait derrière dans les traces de la déesse [Calypso] » (Odyssée, V, 193). Cette référence est pour le moins ambiguë dans le contexte de la réplique de Socrate, puisqu'elle renvoie à une déesse qui n'est en fait qu'une Nymphe, fille d'Atlas, et dont le nom dérive du verbe kaluptein qui signifie « couvrir, cacher », et à un épisode où Ulysse suit la déesse chez qui il était retenu depuis dix ans au moment précis où elle vient de lui annoncer qu'elle a décidé (sur ordre de Zeus transmis par Hermès) de le laisser partir. (<==)
(7) En disant de quelqu'un qu'il est un « dialectique », à l'aide d'un adjectif substantivé, Platon fait la même chose que ceux aujourd'hui qui disent de quelqu'un que c'est un « scientifique » (expression chère aux journalistes pour donner d'un seul mot de la crédibilité à toute personne présentée comme experte en un domaine quelconque qu'on fait intervenir dans un reportage ou un débat, et par voix de conséquence un gage de sérieux au reportage ou à l'émission...) (<==)
(8) Il s'agit de jardins miniatures semés dans une corbeille ou dans une coquille en vue de la fête en l'honneur d'Adonis, qu'on arrosait d'eau chaude pour le faire pousser plus vite et qu'on jetait ensuite à la mer. (<==)
(9) Le verbe spoudazein traduit par « montrer de l'empressement » est dérivé du nom spoudè, utilisé par Socrate quelques lignes plus haut par et traduit par « empressement ». On voit que ce terme est ambivalent, puisqu'il caractérisait alors la hâte de celui qui sème ses graines dans un jardin d'Adonis, et qui veut les voir pousser en quelques jours, et qu'il revient ici sous forme verbale pour parler des semences vis à vis desquelles l'agriculteur sérieux « montre de l'empressement ». On retrouvera le nom spoudè, cette fois en bonne part, en 276e5 pour parler de « l'empressement » combien plus beau de celui qui sème une parole vivante sur la justice et autres thèmes cher à Socrate dans les âmes d'auditeurs réceptifs. Et de fait, spoudè signifie à la fois « hâte, précipitation » et « zèle, ardeur, application ». (<==)
(10) C'est ici la seule fois dans tous les dialogues où l'adjectif dialektikos est associé au mot technè pour parler d'une dialektikè technè. Mais il ne faut pas trop vite en déduire que le terme dialektikè qualifiait pour Platon une « technique » au sens moderne de ce mot, avec ses procédés, ses recettes et autres « trucs », concurrente de la « technique » des rhéteurs et des sophistes de son temps, ne serait-ce que parce que le terme qui est qualifié par dialektikos dans les rares passages où l'adjectif est associé à un nom n'est jamais le même : une fois poreia (DI7), une fois methodos (DI8), une fois phusi (DI12), une fois epistèmè (DI18) (les notes sur chacun de ces passages précisent le sens qu'il faut donner au mot associé). Par ailleurs, ici, la formule est appelée par le parallèle avec l'image du cultivateur utilisée plus haut, où il a été question de la geôrgikè technè (276b6-7). C'est donc à la lumière de cette analogie qu'il faut interpréter la formule, en se souvenant (cf. note 3) que les sens possibles du mot technè débordent le registre plus limité du mot français « technique ». En quelque sorte, technè, c'est tout ce qui intervient dans les productions de l'homme par opposition à ce qui se produit par l'effet de la « nature » (phusis), aussi bien dans le domaine que nous qualifions aujourd'hui en français de « technique » que dans le registre des arts. La technè implique de la part de celui qui la met en œuvre un savoir qui peut être strictement empirique ou provenir d'une réflexion plus élaborée s'appuyant sur uen « science » (epistèmè). Mais en tant que technè, elle ne vise que les moyens (une des traductions possibles de technè, comme on l'a vu dans la note 3) propres à produire le résultat recherché. Si donc dialektikè technè il y a, elle se définit par le résultat recherché. Et c'est bien de cela qu'il est ici question: faire germer dans l'interlocuteur des logoi propres à le rendre le plus heureux possible (alors que la rhétorique vise à permettre à l'élève de produire les logoi les plus convaincants possibles, quite à en prendre à l'aise avec la vérité, ou avec l'intérêt véritable des auditeurs). (<==)
(11) Pour replacer cet extrait et les quatre suivants dans leur contexte (l'examen de la dialectique comme ultime objet d'étude au terme de l'examen des études propres à former les dirigeants) et pour des commentaires sur leur traduction, voir ma traduction de République, VII, 531c9-535a2 ailleurs sur ce site. (<==)
(12) Pour la justification de la traduction de ton logon hekastou tès ousias par « la parole de la richesse de chaque [être] », voir la note 54 à ma traduction de République, VII, 531c9-535a2(<==)
(13) Le mot nomothetès que je traduis par « instaurateur d'usage/législateur » signifie proprement « poseur (thetès, dérivé du verbe tithènai, qui signifie « poser, donner en dépôt, établir, produire, instituer, instaurer ») de loi (nomos) », c'est-à-dire « législateur ». Mais le traduire tout simplement par « législateur », comme le font tous les traducteurs, ne permet pas de voir que Socrate joue sur les sens du mot nomos, dont le sens premier est « coutume, usage », avant d'être celui de « loi » votée, codifiée et couchée par écrit. En effet, dans cette section du début du Cratyle où Socrate cherche avec Hermogène quelle peut être l'origine des noms, il fait admettre à Hermogène que le nom (onoma) est une sorte d'instrument (organon) (388a8), au même titre que la navette du tisserand, instrument destiné à enseigner (didaskein) et à distinguer (diakrinein) les choses les unes des autres (388b10-11), que, pas plus que n'importe qui ne fabrique une navette pour le tisserand qui l'utilise, mais le seul menuisier (tektonos), n'importe qui ne « fabrique » les noms pour l'éducateur qui les utilise, mais que, les noms nous étant donnés par l'« usage » (nomos) (388d12), ce doit être le nomothetès qui fournit les noms à l'éducateur qui les utilise. Mais on voit bien comment Socrate teste ici implicitement la capacité d'Hermogène (et Platon celle de ses lecteurs) à prendre du recul par rapport aux mots en passant d'une phrase qui ne choque personne, « ar' ouchi ho nomos dokei soi ho paradidous [onomata] » (« ne te semble-t-il donc pas que c'est ho nomos (l'usage) le dispensateur [des noms] ? » (388d12) à la conséquence que c'est le nomo-thetès, l'instaurateur de nomoi (lois) », qui donne leur nom aux choses, en utilisatant un terme (nomo-thetès) construit sur le précédent (nomos) mais qui le spécialise dans un sens (« loi ») qui n'était pas celui qu'il avait dans la première assertion. On voit aussi qu'il est impossible de rendre ce glissement en français par un seul mot, d'où mon choix de restitution en français par les deux mots juxtaposés. (<==)
(14) Le sens premier de l'adjectif kalos utilisé ici par Socrate est « beau ». Pour un grec de ce temps-là, beau et bon sont inséparables : un travail bien fait et qui fera bon usage est nécessairement beau. (<==)
(15) Cette
phrase est un condensé de jeux de mots dans lequel Socrate joue à
la fois sur les similarités entre mots, sans doute plus sensibles encore
à l'oral (ceci est censé être un dialogue parlé)
qu'à l'écrit, et sur les ambiguïtés dans la phrase
entre les mots dont on parle et les mots avec lesquels on en parle ! La
phrase commence en effet par dire que l'explication qui a précédé,
fondée sur la ressemblance entre hèrôs (« héros »)
et erôs (l'amour), legei tous hèrôas, mot
à mot « dit les héros », c'est-à-dire
« dit ce que sont les héros », que l'on pourrait
encore traduire par « rend raison des héros » en
s'appuyant sur un des sens de logos « réinjecté »
dans legein dont il dérive. Mais ce qu'il faut remarquer ici,
c'est que « héros » est au pluriel, ce qui veut
dire que ce début de phrase conclut des explications données sur
le mot « hèrôs »
par des considérations sur ceux que désigne le mot.
Quant au reste de la phrase, il propose une autre explication possible du mot
hèrôs en suggérant un rapprochement avec rhètôr,
« orateur », nom dérivé du verbe eirein,
« parler », dont la première personne du présent
de l'indicatif actif, eirô est de fait assez proche, phonétiquement
au moins, de hèrôs, et aussi avec le verbe erôtan,
qui signifie « interroger », ce qui induit l'utilisation
du mot dialektikos. Mais si cette seconde explication est verbalement
centrée sur le mot « dialektikoi » qui
précède le erôtan facile à rapprocher visuellement
et phonétiquement de hèrôs, la phrase se conclut
sur un retour à un eirein qui renvoie par symétrie au
« rhètôres » qui en dérive et
qui a précédé le dialektikoi, pour rendre plus
manifeste le rapprochement entre hèrôes et rhètores
(qui sera réalisé graphiquement et phonétiquement dans
la phrase suivante, où les deux mots sont de fait juxtaposés),
plus immédiat entre hèrôs et eirô.
Et ce eirein est utilisé dans une expression inattendue :
to eirein legein estin, qui boucle sur le tout début de la phrase
en assimilant le eirein au legein pour suggérer qu'une
fois encore, on a « dit » (legei) ce que sont
les hèrôes du simple fait qu'on a souligné la ressemblance
du mot avec un verbe de même signification que legein !...
Mais si tout cela n'est que jeux de mots, il y a en filigrane sous ces jeux
de mots une idée autrement sérieuse de Platon, qui transparaît
si l'on fait disparaître les hèrôes qui sont le
terme de comparaison commun dans les deux explications : c'est le rapprochement
entre erôs (l'amour) et erôtan (interroger). Erôs,
comme l'explique Diotime dans le Banquet, c'est le « moteur »
qui fonctionne à tous les niveaux de l'âme, depuis les epithumiai
(les passions) jusqu'au logos (la raison) en passant par le thumos
(la « volonté) et qui met en branle aussi bien nos appétits
sensuels que notre curiosité intellectuelle, et nous amène donc
à nous poser des questions et à en poser aux autres (erôtan),
et par là, à nous mettre en route vers l'intelligible. Et le Socrate
de Platon est en quelque sorte le « héros (hèrôs) »
de cette quête, nouvel Ulysse à la recherche de sa demeure (éternelle)
et tentant sur son chemin de « sauver » ses compagnons
de voyage en les interrogeant sans cesse (erôtan) par amour (erôs)
pour eux, comme il l'explique dès le premier dialogue à un Alcibiade
à peine sorti de l'enfance (qu'il ne parviendra d'ailleurs pas à
sauver). Cette prise de conscience chez Platon de cette idée à
partir de la ressemblance des mots (mais Platon, lui, ne confond pas les deux
niveaux et sait parfaitement que cette ressemblance est fortuite et propre au
grec qu'il parle) est aussi ce qui fonde l'unité profonde du Phèdre
où l'on parle de rhétorique à partir de discours sur l'amour.
(<==)
(16) On traduit généralement stratègos par « général », mais cette traduction est quelque peu trompeuse car le rôle des stratègoi à Athènes dépassait largement celui d'un chef d'armée à fonctions strictement « militaires ». A titre d'exemple, Périclès a « gouverné » Athènes pendant près de 20 ans en étant seulement réélu année après année stragègos (un parmi les dix que nommait Athènes chaque année). Ce qu'a en vue Socrate, c'est donc quelqu'un qui a des compétences à la fois militaires et politiques. (<==)
(17) Clinias parle ici de thèreutikè (sous-entendu technè, mot qui était présent dans la réplique précédente), utilisant un adjectif qui qualifie ce qui a rapport au thèreuein, c'est-à-dire au « chasser, poursuivre, chercher à atteindre ». Thèreuein signifie en effet « chasser » aussi bien au sens propre (étymologiquement, le verbe dérive de thèra, « chasse aux animaux sauvages », lui-même dérivé de thèr, « bête sauvage, fauve », voire « monstre ») qu'au sens figuré. Un peu plus loin, Clinias va parler de « chasseurs », mais en employant cette fois le mot kunègetès, construit, lui, sur la racine kuôn, chien » (et dont vient le français « cynégétique »), mot qui, lui, renvoie à la chasse au sens propre uniquement. Faute d'un mot français qui évoque à la fois la chasse et le « chercher à attraper dans un sens plus général, et réservant « chasseur » et les mots apparentés à kunègetès, je traduis thèreutikè par « art du chercheur » et thèreuein par « chercher », ce qui rendra moins surprenante l'assimilation faite un peu plus loin par Clinias des géomètres et autres savants à des « chercheurs », et non plus à des « chasseurs », comme y aurait conduit un autre chois de traduction plus classique. (<==)
(18) Je commence
la traduction de extrait du Sophiste quelques lignes avant celle où
l'on trouve la première occurrence de dialektikos pour tenir
compte de la structure rigoureuse de cette section. En effet, l'extrait
ici cité forme un tout centré sur les lignes 251d1-3 qui constituent
une sorte de « définition » de la « science
dialectique » et
délimité par deux expressions qui se renvoient l'une à l'autre
en miroir de manière rigoureusement symétrique par rapport à cette « définition »,
à la ligne 253b11 l'expression dia tôn logôn poreuesthai (« se
frayer un chemin à travers les discours/au moyen des discours »)
et à la ligne 253e4 l'adjectif dialektikon présenté comme
le qualificatif spécifique du vrai « philosophe ».
Cette symétrie suggère en effet que l'expression initiale dia
tôn logôn
poreuesthai est comme une autre « définition » de
l'adjectif dialektikon, lorsqu'il est appliqué, non plus à une « science »,
mais à un individu. Être dialektikos, c'est tout simplement
savoir se servir du logos et des logoi de manière conforme
à la vérité pour atteindre ce qui est au-delà des mots, en étant conscient
des des règles d'usage et des limites de cet outil.
Il est par ailleurs important de voir la place qu'occupe cette courte section
dans l'ensemble du dialogue. Elle fait partie de la discussion qui conduit
à la septième et dernière définition du sophiste,
celle qui le situe en tant que « producteur » en cherchant
son art en tant que poiètikè
technè (« art de fabrication/création »),
alors que les cinq premières définitions lui cherchaient une ktètikè
technè (« art d'acquisition ») et que la
sixième lui a attribué, non sans quelques hésitations,
une diakritikè
technè (« art de tri/jugement/discernement »).
Cette ultime recherche de définition qui fera du sophiste un adepte
d'un art mimétique producteur de simples images par le discours occupe à elle
seule plus de la moitié du dialogue et en constitue le « plat
de résistance » en
fournissant à l'étranger d'Élée qui mène
le dialogue l'occasion de commettre le « parricide » (en
paroles) libérateur sur
son concitoyen Parménide en montrant que le « pas étant » (mè
on), loin de n'être rien (un « non-être »),
n'est rien d'autre que le « étant
autre » (thateron
on) et est donc « quelque chose » (ti),
tout comme le « pas
beau » (mè kalon)
n'est pas rien, mais seulement le « autre que beau »,
et que donc le
discours faux est possible puisqu'il dit non pas un « n'étant pas » qui
ne serait rien et donc indicible (la thèse de Parménide), mais quelque chose
qui est « autre » que
ce qui est en réalité hors du discours et sur quoi porte le discours.
La structure rigoureusement symétrique
de cet ensemble est la suivante :
| A1 | 232c1-237a2 : | Le sophiste, adepte de l’art mimétique | (94 lignes) | ||||||||||
| B1 | 237a3-241d4 : | Relation entre erreur et mè on | (94 lignes) | ||||||||||
| C1 | 241d5-245e8 : | Revue des « ontologies » passées et présentes | (89 lignes) | ||||||||||
| D1 | 245e8-249d5 : | Fils de la terre et amis des formes au centre : définition de to on ( 247d8-e3, lignes 40 et 41) |
(80 lignes) | ||||||||||
| E1 | 249d6-250d4 : | To on : ni mouvement ni repos | (19 lignes) | ||||||||||
| F | 250d5-251a4 : | Même impasse avec to on et to mè on | (7 lignes) | ||||||||||
| E2 | 251a5-251e7 : | Plusieurs noms pour une même chose | (19 lignes) | ||||||||||
| D2 | 251e8-255c8 : | Relations entre les 4 premiers genè au centre : définition de la dialectique (253d1-3, lignes 38 et 39) |
(77 lignes) | ||||||||||
| C2 | 255c9-259d8 : | Le 5ème genos : l’« autre » et to mè on | (91 lignes) | ||||||||||
| B2 | 259d9-264b10 : | La possibilité du discours faux | (94 lignes) | ||||||||||
| A2 | 264b11-268d5 : | Retour à la septième définition du sophiste | (91 lignes) | ||||||||||
(dans ce tableau, les mesures en nombre de lignes n'ont qu'une
valeur relative. Il ne s'agit pas du décompte de lignes selon les références
à l'édition Estienne universellement utilisées pour citer Platon, mais d'un
compte fait sur une mise en forme du texte grec plus proche de la manière dont
on écrivait du temps de Platon : le texte grec des seules répliques
du dialogue, débarassé donc des noms des interlocuteurs précédant chaque réplique,
a été « compacté » en supprimant
tous les signes de ponctuation et tous les espaces entre mots et entre répliques
successives, pour ne garder qu'une suite de lettres accolées les unes aux autres,
qui a été découpé en lignes d'égale longueur par le traitement de texte utilisé)
Ce qu'il faut noter dans ce tableau, c'est que les lignes ici traduites constituent
le centre de la section D2, ce qui les met en regard de ce qui constitue le
centre de la section parallèle D1, qui n'est autre que la définition
de to
on donnée par l'étranger dans le cadre de sa critique du
combat que mènent
entre eux les « amis des formes » et les « fils
de la terre » (on dirait aujourd'hui les idéalistes et les
matérialistes),
selon laquelle « est » « ce qui
possède la moindre puissance, ou pour agir sur une quelconque autre
créature, ou pour subir le plus minime [effet] de la part
de la plus insignifiante, et même seulement pour une seule fois (to
kai hopoianoun tina kektèmenon dunamin eit' eis to poiein heteron hotioun
pephukos eit' eis to pathein kai smikrotaton hupo tou phaulotatou, kan ei monon
eis hapax) » (247d8-e3).
Cette définition est destinée à mettre fin aux discussions
abstraites sans lien aucun avec le réel sur un supposé « Être » dont
on chercherait à savoit s'il est un ou multiple, matériel ou immatériel, etc.,
c'est-à-dire en fin de compte à ce qu'on appelle aujourd'hui l'ontologie, en
donnant de « être/étant » la définition
la plus englobante qui soit, une définition qui, contrairement à ce que suggère
le mot grec horos utilisé aussitôt après par l'étranger pour qualifier
sa formule, dont le sens premier est « limite », « borne »,
ne limite justement absolument pas ce à quoi on peut attribuer le « est » et
fait de to on le prédicat le plus englobant, et donc le moins signifiant
de tous. Elle ouvre la porte à la seconde partie de la discussion qui va montrer
que le problème n'est pas de savoir ce qui « est » et
ce qui « n'est pas », mais de savoir si ces « êtres » que
sont les mots que nous associons dans un discours prononcé ou pensé traduisent
des « êtres » que
sont les pensées dans notre tête dont ces mots rendent compte qui sont eux-mêmes
un reflet d'êtres hors de notre tête dont ils rendent compte de manière conforme
aux relations qui existent entre ces êtres hors de notre tête, c'est-à-dire
si le langage nous donne ou non dans chaque cas accès à une réalité qui est
au-delà du langage et des « images » mentales
qui existent dans notre tête et suscitent le disours.
(<==)
(19) Le kata tauta que je traduis par « selon ces mêmes [prinipes] » renvoie aux exemples qui ont précédé immédiatement notre texte, où il a été questions de l'existence de règles présidant à la manière d'assembler des lettres ou des sons musicaux, règles qui supposent une compétence (techè) que tous n'ont pas et qui permet de distinguer ceux qui l'ont (les « grammairiens » pour l'assemblage des lettres, les « musiciens » pour l'assemblage des sons) de ceux qui ne l'ont pas. (<==)
(20) La question posée par ce « et puis aussi » renvoie à la remarque faite quelques répliques plus haut, en 253a4-6, sur le rôle spécifique de « lien » (desmos) que jouent les voyelles da