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La république
(4ème tétralogie : L'âme - 2ème dialogue de la trilogie)

Extraits traduits de La République

Dans les traductions que je propose ici d'extraits de La République, comme dans toutes les traductions disponibles sur ce site, j'ai cherché, plus que l'élégance, la fidélité au texte grec. Chaque fois que possible, j'ai conservé l'ordre des mots grecs et essayé de traduire toutes les particules dont le grec est friand. J'ai aussi essayé de traduire, en particulier dans les réponses et dans les expressions induites par le style indirect du dialogue (1), la même expression grecque par la même expression française chaque fois qu'elle revenait, au risque d'une monotonie qui est dans le texte de Platon. (2)
Mais surtout, j'ai voulu donner au lecteur qui ne peut lire le texte grec original de Platon le moyen de rester malgré tout aussi près que possible de ce texte. C'est une des justifications des notes abondantes (plus ou moins selon l'extrait et l'âge de la traduction) qui commentent le texte grec traduit au delà de ce qu'il est possible de rendre par une traduction. Platon est un auteur qui manie sa langue de manière absolument extraordinaire et qui ne laisse le plus souvent rien au hasard dans ce qu'il écrit (et ceci est particulièrement vrai dans un texte comme celui de l'allégorie de la caverne, texte d'une densité redoutable). Il ne laisse rien au hasard, certes, mais cela ne veut pas dire qu'il cherche la précision « technique » dans son vocabulaire, bien au contraire ! Il veut donner à son lecteur, non pas des réponses toutes faites, mais matière à penser. Et, pour cela, il n'hésite pas à cultiver savamment l'ambiguïté, à choisir des mots à sens muliples, à employer des tournures que l'on peut comprendre de plusieurs manières. Or il est le plus souvent impossible de conserver ces ambiguïtés dans une traduction, de rendre toutes les résonnances que pouvaient avoir tel mot pour un grec de son temps par un seul mot français. Le seul moyen donc de donner au lecteur qui ne lit pas le grec une idée de toutes ces harmoniques du texte, et de ne pas lui imposer une interprétation à l'exclusion d'autres, peut-être aussi voulues par Platon pour pousser le lecteur à la réflexion, c'est de compléter la traduction nécessairement réductrice par des notes qui ajoutent tout (ou partie) de ce que la traduction retenue ne peut pas dire ou suggérer. C'est ce que j'ai essayé de faire ici, en montrant au passage sur quelques exemples comment certaines des traductions disponibles par ailleurs pouvaient ici ou là trahir Platon sur des points qui sont parfois lourds de conséquences pour la compréhension de ce qu'il cherche à nous suggérer.
Mais ces notes ne se limitent pas à aider le lecteur qui ne lit pas le grec de Platon à approcher aussi près que possible du texte original. Un certain nombre d'entre elles peuvent intéresser aussi le spécialiste, familier de ces textes, du fait des commentaires autres que purement linguistiques qu'elles proposent, dont certains, j'ose l'espérer, jettent un jour nouveau sur des textes que l'on croyait connaître.

J'ai eu à ma disposition dans ce travail les éditions et traductions suivantes de tout ou partie de la République :


- Le texte grec de la République, édité par John Burnet dans le volume IV des « Platonis Opera » dans la collection Oxford Classical Texts (OCT), Oxford, 1902
- Platon, La République, texte grec établi et traduit en français par Émile Chambry, dans les œuvres complètes de Platon publiées dans la collection Budé, Tomes VI (livres I-III), VII-1 (livres IV-VII) et VII-2 (livres VIII-X), Les Belles Lettres, Paris, 1933 (L'allégorie de la caverne est dans le Tome VII, 1ère partie)
- Plato, Republic, Greek text with an English translation by Paul Shorey, in 2 volumes, volumes V (Republic, books I-V) and VI (Republic, books VI-X) of Plato Works in twelve volumes, Loeb Classical Library n° 237 et 276, Harvard University Press, London, 1935
- La traduction en français de La République par Léon Robin dans le volume I des œuvres complètes de Platon en 2 volumes publiée dans la collection La Pléiade, Paris, 1950
- Platon, La République, traduction en français de Robert Baccou, Classiques Garnier, reprise dans la collection GF Flammarion, n° 90, Paris, 1966
The Republic of Plato, translated into English with notes, an interpretive essay and a new introduction by Allan Bloom, Basic Books, 1968
- Platon, La République, Livres VI (depuis 504a) et VII, traduction en français et commentaire par Monique Dixsaut, Les œuvres philosophiques, Bordas, Paris, 1980, 1986
- Platon, La République, Livre VII, traduction en français, notes et commentaires de Bernard Piettre, Les intégrales de Philo, Nathan, Paris, 1981
- Platon, La République, traduction en français de Pierre Pachet, Folio Essais n° 228, Paris, 1993
- Platon, La République, traduction en français, introduction, notice et notes de Jacques Cazeaux, Le livre de poche, Paris, 1995
The Republic, translated into English by G. M. A. Grube, revised by C. D. C. Reeve, in Plato Complete Works, Edited by John M. Cooper, Hackett, Indianapolis/Cambridge, 1997
- Platon, La République, livres VI et VII, traduction en français de Tiphaine Karsenti et Yannis Prélorentzos, Analyse par Yannis Prélorentzos, Classiques Hatier de la Philosophie, Paris, 2000
- Platon, La République, traduction en français, introduction et notes par Georges Leroux, GF Flammarion n° 653, Paris, 2002

 Dans toutes mes traductions, les références aux pages de l'édition Estienne sont celles fournies par l'édition des Platonis Opera, Oxford Classical Texts. Chaque référence constitue un lien vers le texte correspondant sur le site Perseus où le texte grec est disponible : si ce n'est pas le texte grec qui s'affiche, allez dans la zone « Display Preferences » de la partie droite de la fenêtre et choisissez le mode d'affichage du grec dans la zone « Greek Display », en fonction des polices grecques dont vous disposez sur votre PC (si vous n'arrivez pas à afficher le grec en caractères grecs avec l'une des options proposées, utilisez l'option « Latin transliteration », qui affichera le grec avec des caractères de notre alphabet) puis cliquez sur le bouton « Update Preferences » au bas de la zone « Display Preferences » (avant de cliquer sur ce bouton, vous pouvez en profiter pour sélectionner « Original Language » dans la zone « View by Default » pour que, dans la suite, le grec s'affiche par défaut) ; une fois les préférences d'affichage mises à jour, allez dans la zone « Greek » au-dessus dans la même partie droite de la fenêtre et cliquez sur « focus ».
Si l'affichage n'est pas positionné sur la bonne référence, allez dans la partie gauche de la fenêtre, dans la section « Table of Contents » et choisissez le livre, puis la section dans le livre pour arriver à la bonne référence.


Les extraits traduits 

 

On trouvera dans la page intitulée « Les trois vagues » une introduction générale à ma traduction des livres V à VII qui analyse la méthode « des gros caractères » introduite par Socrate en République, II, 368c7-369a3 (texte traduit en exergue de cette introduction) à travers sa mise en œuvre dans les livres II à IV avant d'en suggérer les implications pour les livres V à VII.

La 1ère vague : phusis (livre V 449a1-457b6)

La 2ème vague : koinônia (livres V 457b7-471c3)

La 3ème vague : le philosophe roi (livres V depuis 471c4, VI et VII)

 


(1) La République est un long monologue de Socrate racontant à un auditoire non identifié, après un court récit qui en situe le contexte, une longue discussion qu'il a eue la veille au Pirée (le port d'Athènes) dans la maison de Céphale (personnage historique, marchand d'armes d'origine Syracusaine et ami de Périclès, père de Polémarque et de l'orateur Lysias) avec Adimante et Glaucon, les deux frères de Platon, après un échange plus bref avec, tour à tour, Céphale, son fils Polémarque et Thrasymaque de Chalcédoine, en Thrace.(<==)

(2) Il n'est pas inutile de savoir que, du temps de Platon, tout le texte d'un ouvrage écrit était écrit en majuscules, sans esprits ni accents, sans signes de ponctuation et sans espacement entre les mots (toutes les lettres collées les unes aux autres pour économiser de la place sur des supports rares et couteux : voir un exemple sur une autre page de ce site). Et bien sûr, on ne faisait pas précéder chaque réplique du nom de l'interlocuteur, même dans les dialogues en style direct. Ces particules dont le grec est friand, les formules comme « dit-il » et « repris-je », et dans d'autres dialogues, les rappels fréquents du nom de l'interlocuteur à qui l'on s'adresse par une formule au vocatif précédeée dans le grec d'un ô, étaient des moyens d'aider le lecteur à s'y retrouver et de suppléer la ponctuation manquante. (<==)

(3) Cet ensemble d'« analogies » prend place dans la République après que Socrate ait énoncé le principe du « philosophe-roi » (République, V, 473c11-e2) et expliqué la différence entre les philosophes tels qu'il les conçoit et ceux qui passent pour philosophes aux yeux de la foule, et au moment où il va entreprendre de décrire la formation de ceux qui seront ainsi appelés à gouverner. Leur formation, dit-il, doit suivre un « circuit plus long (makrotera periodos) » (VI, 504b2 et c9) qui ne sera pas complet s'il ne conduit pas jusqu'à la connaissance de « l'idée du bien (hè tou agathou idea) » (505a2), sans laquelle toutes les autres connaissances ne servent de rien (République, VI, 505a-b). Ceci conduit Glaucon à interroger Socrate sur cette « idée du bien » et Socrate à répondre en enchaînant les trois « analogies » dont il est ici question. Mais si chacune « met en scène » l'idée du bien, chacune le fait d'un point de vue différent, mais toujours en la resituant par rapport au « tout » dont elle est l'idée culminante. La première met l'accent sur la « transcendance » de cette idée par rapport à tout le reste, mais le fait en utilisant une image « matérielle », celle du soleil, alors que la seconde, qui s'intéresse à la multiplicité de ce tout que transcende l'idée du bien, le fait en usant d'une analogie « idéelle », puisque mathématique, celle de la ligne. Ainsi, chacune de ces deux analogies, dans sa « forme » même, par le choix des termes de comparaison, tente de « tenir les deux bouts », matière et forme, ordre visible et ordre intelligible.
Quant à la troisième analogie, qui, au contraire des deux premières, introduit la dimension du temps et met l'homme au centre de l'histoire, l'homme qui, de par son âme raisonnable, est justement intermédiaire entre les deux ordres, visible et intelligible, elle met l'accent sur le discernement, l'esprit « critique », dont il doit faire preuve et sur le rôle de l'éducation dans la formation de cet esprit critique. Et elle se déploie en deux temps, puisque Socrate propose d'abord l'allégorie dans la totalité sans commentaires avant d'en faire un commentaire qui permettra d'enchaîner sur le programme long d'éducation auquel tout cela servait de prélude.
On peut dire en quelque sorte que la première analogie essaye de donner à nos « tripes », à nos epithumiai, une « image » de la transcendance la plus haute en utilisant un analogue matériel qui puisse leur faire « chaud au ventre » et susciter leur désir ; que la seconde analogie essaye de donner à notre logos une « idée » du tout qui inclue l'ordre sensible à l'aide d'une approche mathématique pour lui éviter de se retirer dans un « monde » d'idées pures ; et que la troisième analogie propose à notre libre-arbitre, à notre thumos, un programme qu'il dépend de lui de réaliser ou pas à l'aide d'une « histoire » qui le met aux prises avec tous les ordres du « réel ». (<==)


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Première publication le 28 avril 2001 ; dernière mise à jour le 23 mars 2015
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